Un peu à moi
- Cyntia Dubé
- 13 avr. 2021
- 3 min de lecture
J’ai hâte de voir maman, j’entends déjà sa voix qui vient de la chambre, je suis les couloirs blancs, les femmes en uniforme me sourient toutes. J’aime bien l’ambiance, personne n’a l’air malade. Je ne voyais pas comme ça l’hôpital.
Grand-papi me tient la main. Sa main est gigantesque et chaude, j’aime qu’il me la tienne. Je sens sa peau toute rugueuse. Comme si la vie avait écrit une histoire sur elle.
Quand on approche de la porte grand-mamie me dit à l’oreille * Es-tu prêt mon grand ? *. Grand-mamie vérifie toujours que tout le monde est bien. J’aime ça. Ça me rassure.
Je fais signe que oui, mais je ne sais pas. Tout ce que je sens dans mon ventre c’est que la vie ne sera plus jamais pareil. Mais je ne sais pas comment l’expliqué. Alors je ne dis rien.
Dès que je rentre dans la pièce calme et peu décorée, lumineuse, je vois ma maman. Elle me sourit. Je suis content de voir qu’elle va bien, j’avais un peu peur qu’elle ne soit plus pareille. Maintenant ce que je veux voir c’est ce petit bout d’humain qui se cachait dans le ventre de ma maman. Je ne regarde même pas papa et je cherche dans la pièce où il peut être quand je vois papa le sortir d’un petit lit en plastique transparent.
Je dis voir, mais je ne vois rien. Et ça me frustre !
- Montre-le moi ! dis-je exaspéré. Je ne vois qu’une couverture dans ses bras. Je comprends bien à la façon que papa le tien qu’il est précieux, que c’est bien lui. Mais je veux voir son visage, vérifier qu’il a bien des mains avec des doigts comme moi.
- Veux-tu le prendre dans tes bras Tom. me propose maman
Sans me faire attendre, je vais sauter sur la chaise berçante. Je m’assis bien droit et je replace mon gilet. Je veux que tout soit parfait. Puis je place mes bras sur mes jambes, les mains ouvertes vers le haut. Papa le descend vers moi. C’est comme s’il allait déposer un trésor. Il me donne des consignes, je n’écoute pas. Je sais très bien ce qu’il veut me dire et de toute façon je vais prendre soins de ce petit bonhomme comme la personne la plus précieuse qui soit.
Il place dans mes bras tremblant le petit corps chaud et léger. Je peux enfin le voir, il dort, les yeux bien fermé, la petite bouche un peu en cœur. Il semble paisible. Dans mon corps il se passe des choses que je ne comprends pas. J’entends les adultes se parler mais je me fous de ce qu’ils disent. Ce qui compte c’est ce bébé dans mes bras. Fragile et si petit. Pourra-t-il vraiment jouer avec moi ? Il sent si bon, et la peau de son visage est d’une douceur que je n’avais jamais sentie.
Je ne sais pas quoi lui dire. Il gigote un peu, j’ai peur qu’on me le reprenne.
J’ai encore envie de le regarder, de sentir son poids dans mes bras, la chaleur qui se répand intensément d’un si petit trésor. J’essaye de lui chanter une berceuse. Tout doucement, juste pour lui. Il semble se calmer, je continue à le regarder, à l’admirer. Dans mon ventre et mon cœur il fait chaud. C’est unique, je n’ai jamais ressenti quelque chose du genre. C’est comme si j’avais reçu un merveilleux cadeau. Pour la vie.
Je lève la tête vers maman, elle a les yeux humides, comme si elle avait pleuré.
- Comment le trouves tu ? me questionne t’elle
- Magnifique !
Tout le monde rit à ma réponse, mais c’est vrai ! Il est parfait !
Je suis maintenant frère et je sens que je vais adorer ça. Papa et Maman disent souvent que je suis à eux, que je leurs appartiens, qu’ils me croqueraient. Maintenant je comprends mieux.
Et je me dis que ça doit être vrai pour les frères ainés aussi.
Lucas il est un peu à moi maintenant.






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